30/09/2005

Image fugace

Je suis au volant de ma bétaillère à marmottons. Il fait chaud, les vitres sont ouvertes. La radio égrenne quelques vagues mélodies à la mode. A l'arrière, pas un mot. Les marmottons semblent abasourdis sous la poids de la semaine d'école. Une multitude d'images de la journée doit se bousculer dans leur esprit, des fragments épars, des particules comme un kaléidoscope: des cris d'enfants dans la cour, la saveur du goûter à la récré, des mots des copines, les mots de la maîtresse, le crissement du stylo sur la page du cahier, les boulettes de gomme qui roulent sous les doigts... Nous roulons au pas, comme tous les soirs à six heures. Seule différence aujourd'hui: c'est vendredi, seuil du week-end, antichambre de la quiétude retrouvée. C'est pour cela que l'air est plus doux et que l'on prend son mal en patience. Le regard vagabonde sur les trottoirs, au gré des portes ouvertes sur des univers inconnus.

 

Je longe la maison de retraite, comme tous les soirs. Le feu est rouge. Le portail grand ouvert attire mon regard distrait. La cour est immense, grise; le gazon, devant le perron, est impeccablement tondu. C'est alors que je le vois. Il est là, près de la porte, sagement assis sur un banc. Il regarde au loin le grand défilé des voitures. Un petit vieux, comme des milliers d'autres. Un petit vieux tout seul sur son banc. Les rayons du soleil ne l'atteignent pas, l'ombre de la grande bâtisse, derrière lui, a envahi toute la cour. On dirait presque que tout est gris et froid au-delà du portail, qu'il ne vit pas dans le même univers que le nôtre, gorgé de soleil et de la douceur du week-end.

 

Lui n'a pas de week-end. Son temps n'est pas le nôtre. Le sien s'écoule lentement, au rythme de l'attente perpétuelle et de l'ennui. Mais qu'attend-il au juste? Ses enfants qui l'ont laissé là ? Ses petits-enfants qui ne le connaissent pas? Peut-être n'attend-il rien du tout ? Il est là pour tuer le temps avant que ce soit ce dernier qui ne le tue. 

 

Et puis...le feu est passé au vert, les voitures ont poursuivi leur route. Cette image pourtant fugace ne m'a pas quittée. Un instant volé dans une existence de solitude.     

22/09/2005

Déprime d'après corrections

Je suis encore sous le choc. Deux paquets de copies à corriger en deux jours: session de septembre pour les 1° années de Lettres.

 

 

En général, avec mes étudiants de droit ou de tourisme, je ne vois que des fautes d'espagnol. Certes, certaines erreurs m'attristent. Je me dis que le message n'est pas complètement passé, que je n'ai pas réussi à leur communiquer l'importance de tel ou tel point, que je ne suis pas parvenue à transmettre l'urgence de maîtriser une langue étrangère... mais bon, cela ne reste qu'une langue étrangère. Pour la plupart, cette méconnaissance n'aura que peu de conséquences dans leur vie quotidienne. Restons modestes!

 

La particularité avec les étudiants de lettres, c'est que leur partiel comporte un exercice de traduction qui me permet de lire quelques lignes en français. Et là, très sincèrement, cela me fait du mal. Je vous soumets quelques "perles" choisies parmi d'autres dans une liste tellement longue...trop longue.

l'anonima

ces femmes ont étées...

Quant on prend...

des contributions si importante

elles étaient entrain de...

elles avait...

comme si on les maintienent...

ils vûrent des fourmies

ils ont tout regarder

ils n'en n'ont trouvé aucune

vous voullez savoir

la basse-courre

je leur dit que..

je veux que vous me dîtes

-"Demandait leur, monsieur!"

 

Au fur et à mesure que les copies corrigées s'entassaient, je suis passée de la colère initiale à un sentiment diffus, étrange: un mélange d'incompréhension, d'impuissance, de découragement...

Comment en est-on arrivé là? Comment des étudiants de 1° années à la fac de lettres peuvent-ils à ce point méconnaître le français? La faute à qui? Les SMS? La télé poubelle? Un bac bradé? Les parents? Notre système éducatif? Nous les profs? ...  je ne sais plus, je ne comprends plus.

Faut-il décréter que l'orthographe est négligeable, que cela ne compte plus?...Et puis dans quelques générations on étudiera la langue française orthodoxe comme le latin ou le grec? Faut-il, au contraire, lutter, faire de la résistance pour sa sauvegarde?  Je ne sais plus.

A quoi je sers moi? Pourquoi leur apprendrais-je l'espagnol alors qu'ils ne maîtrisent pas leur propre langue? Piouf!...que de questions dont je n'ai pas la réponse! que de problèmes que je ne contrôle pas!

Socorroooooooo!

15/09/2005

Viva Polska (part III)

ou Comment s'alimenter dans un pays où l'on sait juste dire "bonjour" et "merci"...

Premier jour à Varsovie, après avoir marché 10 ou 12 bons kilomètres dans le centre, la marmotte, fidèle à sa réputation, demande: "quand est-ce qu'on mange??????"

C'est vrai quoi, l'appel de l'estomac, c'est sacré!

Nous tentons donc de trouver un "bar à lait", vestiges des cantines communistes, où, d'après "le Routard", l'on mange très bien pour pas cher. Nous sommes d'abord passés devant sans comprendre qu'il s'agissait d'une cantine -heureusement, le sus-dit "Routard" indique les n° de rue-. Une nuée de petits gosses tout blonds jouaient devant une vitrine crasseuse derrière laquelle s'alignaient de petites tables en formica d'un autre âge. Véritables explorateurs des temps modernes, nous poussons la porte, très courageux mais quand même vachement intimidés...

Une foule se presse devant un grand tableau que nous supposons être la liste des plats -en fait un succession de mots étranges pleins de consonnes, surtout des "z" et des "k"-.

...?

Là, je maudis cette c... de méthode Assimil dont j'ai ingurgité les premières leçons et qui ne m'a appris aucun des mots qui sont inscrits. Nous restons là, bouche bée, devant cette liste interminable de mots (c'est vrai, ils ont un sacré choix!!), complètement impuissants. C'est bizarre cette sensation devant une langue inconnue: comme si les mots étaient devenus muets, vides. Dans cette marée de consonnes, j'aperçois un mot: "kotlet". Ouf! sauvés, je pourrais au moins dire quelque chose.

Nous comprenons, en observant les va-et-vient des clients, qu'il faut commander ses plats à la grosse dame blonde avec des lunettes, là-bas; laquelle donne un ticket que l'on transmet au passe plat de la cuisine....et puis l'on attend que l'on vous appelle au passe-plat.

Elle n'a pas l'air commode la dame!

- proch krtschmznavzratch?

-...?

- grrchmnikroutchmantchz?

...

Là, tu avales ta salive, tu prends ton courage à deux mains -déjà, se faire engueuler en français, c'est pas drôle, mais en polonais, ça fout vraiment les jetons-.... et tu lances d'une voix fluette:

-kotlet?

Et puis, tant pis, l'instinct de survie te donne des ailes parce que tu as faim et que tu as mal aux pieds tellement tu as marché, alors, fichtre, tu dis n'importe quoi, un mot de la liste au hasard, parce que non tu ne sortiras pas de ce bouge sans avoir l'estomac rassasié!

La marmotte en chef, lui, c'est un petit malin. Depuis un moment, ce n'est pas sur le panneau de consonnes qu'il faisait son choix, mais dans les assiettes des convives déjà installés.

- ça....et ça! ...et du doigt il montre le contenu de certaines assiettes. Je sais que ce n'est pas beau de montrer du doigt mais là, franchement l'heure était grave, les gens commençaient à s'impatienter derrière nous et l'hypoglycémie nous guettait!!

Nous donnons nos tickets bien gentiment et allons nous asseoir, en rigolant bien de notre première "aventure culinaire" polonaise. ... et puis, au bout d'un moment, je sens bien un regard insistant se centrer sur nous tandis que le volume sonore augmente

- ZUPA I KOTLET SCHABOWY !!!!

Mince, c'était nous qu'on appelait! Toute penaude, avec un "s'cusez mais c'est pas ma faute je suis française donc c'est bien connu je suis nulle en langues étrangères...surtout la vôtre" dans les yeux, je vais chercher mon plat. Là, pendant 5 minutes, les clients ont droit à un magnifique dialogue de sourds entre la cuisinière et moi. Celle-ci, de guerre lasse part en cuisine et revient avec une patate bouillie dans une louche.

- Aaaaaaah, des patates? ben oui, volontiers!

Le plus beau c'est nos deux sourires: nous avions enfin réussi à nous comprendre!

 

Vive l'Europe!

 

Au fait, une excellente soupe à la betterave, une escalope panée et des patates pour 2 euros, ça vaut bien un petit moment de honte, non?

07/09/2005

Viva Polska (part II)

Comme promis, je vous soumets quelques petites anecdotes survenues lors de nos pérégrinations polonaises.

 "Gulliver chez les géants".

 

Je tiens d'abord à préciser que je suis une marmotte d'une taille se situant dans la moyenne des françaises. 1m64 au garrot, certes ce n'est pas très haut sur pattes mais bon, pour autant je n'ai jamais ressenti ici l'impression d'être un vertébré de si petite taille.

 

 

Dès notre sortie de l'aéroport de Varsovie, en prenant le bus vers le centre, nos regards se croisaient, la marmotte en chef et moi, laissant transparaître des " 'tain, t'as vu c'te barraque?!!" devant tel ou tel Polonais rasé de frais (je parle du crâne, bien sûr) et dépassant sans nul doute les 1m90...

Lors de nos premières errances dans le centre de Varsovie, nous ne pûmes que constater que le Polonais moyen est taillé comme un athlète ou un joueur de handball....et c'est très frustrant d'arriver au menton des 3/4 des gens, croyez-moi.

Certes, vous passez incognito, ni vu ni connu, dans la masse des passants à qui vous ne risquez pas de boucher l'horizon, mais c'est très curieux de sentir les regards plonger directement sur le haut de votre crâne.

Cette situation, qui pourait sembler anecdotique, présente plus de désagréments qu'il n'y paraît à première vue:

Inconvénient 1/ lorsque vous vous adressez à quelqu'un, vous êtes obligé de tirer sur la nuque et de vous dresser sur la pointe des pieds (et oui, pour commander une bière -au hasard- vous êtes obligé de sautiller devant le comptoir pour que le barraqué derrière sa tireuse puisse vous apercevoir). C'est déjà pas évident de se faire entendre (très belle langue, mais boudiou, que c'est difficile) alors si en plus ils ne vous voient pas... Cela m'a rappelé lorsque,  gamine, j'allais chercher le pain et que la boulangère s'adressait au client derrière moi parce qu'elle ne m'avait pas vue derrière sa caisse enregistreuse.

 

Inconvénient 2/ Le comptoir n'est pas le seul objet taillé à l'échelle polonaise. Aux dires de la marmotte en chef, les pissotières aussi! Juste pile-poil à la hauteur. Un peu plus et il était obligé de pisser en l'air (fortement déconseillé si tu portes des tongues ou des chaussures ouvertes). Si tu mesures moins d'1m70, abstiens-toi...ou va aux toilettes pour filles (là, c'est standard)! 

 

Inconvénient 3/ Quand on est comme Gulliver chez les géants, on se perd plus vite! Et oui, surtout se tenir la main ou sortir encordés dans la rue sous peine de perdre beaucoup de temps à se retrouver... "Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaagh! Chéri où es-tu? Ouuuuuuiiiiiiiin, je suis perdue!!! Comment? tu étais juste à côté?...Ben ça alors! 't'avais pas vu derrière le petit monsieur qui frôle les 2mètres!!"

 

Inconvénient 4/ ...et non des moindres! Messieurs, attention au torticolis en Pologne. Parce que les filles aussi sont très grandes! La marmotte en chef a frôlé le port de la minerve à perpète à force de se retourner dans la rue sur des jambes de 2m de long surmontées de corps d'athlète et de chevelures blondes. Il est à noter, en outre, que la mini jupe semble très à la mode en Pologne. Enfin, je dis "mini jupe" mais je devrais plutôt dire "ceinture" car ledit vêtement dépasse rarement les 10 cm de long. Voici d'ailleurs une photo (pas la plus convainquante, je l'avoue, mais ce n'est pas évident de prendre des photos de ce genre sans passer pour une perverse) prise dans la charmante petite ville de Torun.

 

De retour au terrier...inutile de vous dire que j'étais contente de retrouver mes lapins NAINS!!

 

 

 

03/09/2005

Faire part de naissance

La marmotte est heureuse (Grrrrrrrrrrrrrrrrr) de vous annoncer la naissance...

eh, oh, non! qu'est-ce que vous allez penser? ce n'est pas de moi qu'il s'agit (de retour de vacances, j'ai 2 ou 3 kilos en trop, voilà tout, re-Grrrrrrrrrrrrrrrrrr)

...de vous annoncer la naissance d'un nombre encore indéterminé de lapereaux dans la bouche de métro fraîchement creusée dans le jardin.

Après une opération acharnée de fouille intense sous une pierre du jardin par la femelle -le mâle se la jouant DDE, "je gratouille un peu la terre mais surtout  je ne me la foule pas en attendant l'heure des carottes"- celle-ci s'est mise à s'arracher les poils du ventre. Moi, ignorant les mystères de la vie lapinoïde, je m'interrogeai derechef:

- serait-elle dépressive? Sans doute ce c.. de mâle ne sait pas la satisfaire ou est-il impuissant? (tu parles!!)

- Peut-être lui fait-elle une crise de nerf pour qu'il se mette un peu à bosser dans le métro, ce feignant ?

Sur ces entrefaites, ma marmottone aînée m'interromp et à la vue de la boule de poils blancs se met à faire des bonds en tapant des mains et en poussant des petits cris aigus.

...

-" Elle fait la rabouillère! Elle fait la rabouillère!"

...

Lisant sans doute sur mon visage l'insondable ignorance en la matière, elle m'expliqua qu'à l'approche d'une naissance, la femelle s'arrache les poils du ventre pour que les petits (et oui, ils arrivent rarement seuls) qui naissent imberbes n'aient pas froid.

Je cachai ma joie.

Hier soir la boule de poil s'est mise à bouger toute seule dans son trou.

 You know what? I'm happy!

01/09/2005

Viva Polska (I)

En fait, je ne sais pas par quel bout commencer. Ne comptez pas sur moi pour vous faire une dissertation en 3 parties avec Granta/Petiha/Petibé...j'ai encore une multitude d'images, d'anecdotes et de sensations qui virevoltent dans mon esprit. Impossible de faire le tri pour l'instant.

La Pologne m'a ravie, séduite, à tel point que je suis encore sous le charme. Si, si.

Bien loin de l'image fréquemment admise d'un pays plutôt gris, plutôt triste et plutôt terne, la Pologne est en réalité tout le contraire. Les villes pétillent de couleurs et de vie. Les rues grouillent de monde à toute heure, les commerces sont ouverts tout le temps, les maisons et les terrasses sont couvertes de fleurs...Bon, certes, les blocs de béton des banlieues fleurent l'architecture communiste...mais ils n'ont rien à envier de nos propres cages à poules de banlieue!

Ce qui est le plus impressionnant, c'est qu'une ville comme Varsovie, détruite à 90% pendant la guerre, qui n'était plus qu'un amas de ruines fumantes et de tas de cailloux en 1945, ait su reproduire à l'identique le patrimoine d'avant guerre. Je n'ai pu m'empêcher de penser à nos villes normandes où l'on s'est empressé de reconstruire à la va-vite une multitude d'insipides blocs de béton gris. Il paraît qu'aujourd'hui on reconnait la haute valeur architecturale du bétonnage normand, que c'est devenu un "style"...ouais, bof! Cela reste quand même moche et noir, non?

Personnellement, je préfère les maisons style "Playmobil" de toutes les couleurs. C'est mimi, c'est gai, ça vous requinque le moral (il paraît, la presse ne cesse de nous le dire, que nous autres, Français, nous sommes moroses!!!). En haut, c'est Varsovie...et là, c'est Poznan. On dirait des maisons coloriées par des gamins. Qui n'a pas rêvé d'habiter dans une maison violette ou verte? Ah non? Pas vous? Mince alors, ça doit être mon côté un peu gamin qui n'a pas fini de grandir alors!

Et puis cette avalanche de fleurs, moi, ça me fait du bien aux yeux. Là, c'est une maison très proche de la maison natale de Copernic, à Torun. Des balcons fleuris comme ça, il y en a partout. Les terrasses des cafés sont couvertes de fleurs de toutes les couleurs. Les fleuristes restent ouverts très tard...et les gens s'achètent des fleurs comme on s'achèterait une chocolatine ou un paquet de clopes!! "Pouf! Tiens, je vais m'acheter une rose!". La marmotte en chef n'est pas d'origine polonaise...c'est peut-être pour ça qu'il ne pense pas à ramener une pâquerette de temps en temps. (et puis, c'est tellement rare que je penserais tout de suite qu'il a quelque chose à se faire pardonner!!!) 

Je m'aperçois finalement que cette première note sur mon séjour en Pologne, malgré mes craintes liminaires, reste centrée sur la couleur. Ce sera une sorte d'introduction visant à effacer de vos esprits les stéréotypes (que je partageais avant mon départ, je l'avoue) d'un pays gris et terne. Que les amateurs de bidonnages et gaudriole se rassurent: la marmotte n'est pas devenue sérieuse (y'a du boulot!) et les chapitres suivants aborderont des thèmes plus légers comme "putain, qu'ils sont grands les Polonais" "comment bouffer quand on parle pas la langue" "la bière à la paille" "la polonaise et la mini-jupe" "j'ai peur de l'avion" ou "comment j'ai compris les films à la télé polonaise"... Allez, "do widzenia" à tous.

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