26/10/2005
Ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants...

Ma marmottone cadette vient de me soumettre le sujet de devoirs donné par sa maîtresse pour ces vacances (je précise pour information qu'elle est actuellement en CM1): Inventer un conte.
...
Rien que ça! Une semaine pour devenir Grimm...ça va être un peu juste, me dis-je en mon for intérieur tout en lui disant: "chouette, le sujet!".
Derechef, elle se met à me décrire, pleine de cet enthousiasme de l'enfance, les idées fraîchement émergées de son imagination fertile. Le débit par trop rapide, entrecoupé de multiples "tu vois, hein?" et de "c'est bien, hein?", m'interdit de retranscrire l'intégralité de son histoire -et puis je n'ai pas que ça à froutre non plus, hein- dont je vous soumets brièvement la substance: une vague histoire de centaure qui se réveille dans un labyrinthe -?!-, et qui -bla-bla-bla- finit, après moult péripéties, par trouver la sortie grâce à une centaurette et... "Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants", finit-elle par conclure.
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Je restai sans voix.
Cette phrase, pourtant lue des centaines de fois lorsque j'étais enfant, m'apparaissait soudain sous un jour nouveau. Cette phrase qui me semblait, jadis, conclure avec tant de charme et de naturel une histoire de fées venait de claquer à mes oreilles avec le grondement sourd du paradoxe.
Comment pouvait-on vivre "heureux" et avoir "beaucoup d'enfants"? Comment diantre cette incohérence ne m'avait-elle pas frappée jusqu'alors? J'aurais bien voulu la voir, la Belle au Bois Dormant, dix ans après avec 8 gosses!! Et pourquoi les contes ne nous racontent jamais la suite? Faudrait-il laisser nos enfants dans l'ignorance, bercés par l'illusion, aveuglés par une mièvre imagerie idyllique de la famille nombreuse?
Allez, chers marmottophiles, je me lance et vous invite à faire de même: écrivons les "contes 10 ans après" et la vérité vaincra!
Il était une fois, dans une petite ville de province, la Belle au Bois Dormant. C'était une femme mûre -un peu trop mûre, disaient ses voisins de palier en rigolant dans son dos- d'une quarantaine d'années. Elle avait été belle, jadis, comme en attestait la photo qui trônait sur le téléviseur du salon. Elle avait même été élue miss Palavas-les-Flots, un été, il y a de cela fort longtemps. Elle avait mené grand train lorsque le Prince l'avait épousée, subjugué par le charme de ses vingt printemps (et de son string rose fluo). Ils avaient roucoulé sur des plages de sable blanc à l'autre bout de la terre, ils s'étaient fait les yeux doux au-dessus du caviar et du foie gras, ils avaient fait l'amour dans des draps de soie....
Mais le temps avait passé, invincible et cruel. Prince avait voulu des enfants, plein d'enfants "comme son gros bourge de chef". Alors elle avait cédé. Comme son ventre d'ailleurs. Elle qui avait toujours eu le nombril collé à la colonne vertébrale se retrouva couverte de vergetures. Baste, ce n'était rien comparé au bonheur d'être mère! Elle se disait épanouie mais les cernes verdâtres de ses yeux se creusaient dangereusement. A peine son épisiotomie fut-elle cicatrisée que prince l'engrossa à nouveau. Et encore et encore.
Son corps se transforma bientôt. Elle n'avait plus le temps de faire du sport, partagée entre les biberons, les cartables et les bobos de ses 8 enfants. Elle finisssait parfois leurs assiettes "pour ne pas gâcher" et se trouva vite en surcharge pondérale. Prince l'appelait en plaisantant "ma grosse truie". Mais un beau jour, il ne plaisanta plus. Elle apprit qu'il la trompait avec la fée clochette, cette salope!
Elle demanda le divorce. Mais le juge, qui était un copain de Prince -ils avaient fait l'armée ensemble-, ne comprit pas qu'elle avait arrêté ses études et tout quitté pour son prince de mari, qu'elle n'avait d'autre moyen de subsistance que la carte "gold" de ce cuistre. Il lui dit qu'elle n'avait qu'à aller bosser, feignasse.
Ce qu'elle fit. Elle entra comme caissière à Auchan. Elle sortait très tard le soir, rentrait éreintée dans son logis et s'écroulait devant la fin de la Star Ac avec un paquet de chips goût bacon et un verre de JB, -parfois deux d'ailleurs-, ce qui n'arrangeait pas sa surcharge pondérale. Ses enfants, livrés à eux mêmes, commencèrent à ne plus apprendre leurs leçons pour jouer à la Game Cube que leur avait envoyé leur père pour Noël. L'aîné s'enfermait dans sa chambre et en sortait les yeux rougis et sentant les épices orientales. Ce n'est que lorsqu'on la convoqua au commissariat qu'elle comprit qu'il abusait de substances naturelles mais néanmoins illégales.
Ce fut le choc. Il lui sembla qu'elle ne parviendrait pas à tout mener de front toute seule. Et ce con de Prince qui refusait de l'aider, prétextant qu'elle n'avait que ce qu'elle méritait, grosse poufiasse, et qu'elle en avait assez profité avant, sangsue. Elle sombra dans une violente dépression. Le Prozac réveilla sa nature profonde: elle passa ses journées couchée dans son lit. Elle ne se levait quasiment plus, ça sentait le fennec dans sa chambre et elle eut les cheveux gras.
Bien vite, ses 8 enfants furent placés à la DASS.
Les pompiers déclarèrent qu'il régnait une touffeur asphyxiante dans l'appartement, lorsque, alertés par les voisins, ils découvrirent le corps sans vie de Belle au Bois Dormant.
22/10/2005
Mardi matin...
Christian n'a invité que quelques "happy few" à raconter leur mardi matin... un réveil de marmotte n'intéresse sans doute que moi, mais tant pis, je m'y colle!
7 heures...la tonitruante musique de ce c... de réveil agresse la quiétude de la chambre. La main de la Marmotte en chef émerge du plus profond de la couette, tatonne, dérape, -là j'émets un "hummpf": traduisez: putain, tu le trouves le bouton!-, re-tatonne, re-dérape et enfin parvient à localiser le bouton du silence. Les corps englués de sommeil se défroissent, se cherchent -pas trop quand même on n'a pas le temps-, reprennent contact avec la réalité.
La marmotte en chef se lève, récupère un caleçon échoué là et monte réveiller les marmottons (ils dorment à l'étage). Et là....ma minute de bonheur! J'investis la chaleur de l'autre, je m'accapare son territoire nocturne. Totale prise de pouvoir, je peux enfin m'étendre, me déplier, me déployer. Position de l'homme crayonné en son temps par De Vinci: un pied à chaque coin du lit, les bras tendus vers les confins du 160/200...Le bonheur, je suis le maître absolu du lit!
Là-haut, le bruit des bols et les éclats de voix des enfants me ramènent à la réalité. Sans même ouvrir les yeux, je parviens à m'asseoir sur le bord du lit. Contact froid des pieds sur le plancher. Que c'est dur! je râle un instant sur l'emploi du temps de merde qu'on m'a collé cette année. C'est pas humain de sortir le lundi soir à 20 heures et de rattaquer le lendemain à 8h30. Quand est-ce que je vois le soleil, moi? Je me dirige vers la douche, pense à appuyer sur le bouton du chauffe-serviettes (avec un peu de chance, si je traînasse un peu sous l'eau, je pourrai bénéficier d'un peu de tiédeur en sortant).
Le savon glisse sur ma peau encore empreinte des odeurs de la nuit. Je frotte énergiquement ma joue (j'ai aperçu dans le miroir l'empreinte des draps, et ça, je déteste, c'est coriace, c'est dur à défroisser!). Coup de serviette énergique, ça y est, je suis complètement réveillée. Vite, un coup de séchoir dans les cheveux, histoire de faire croire qu'on s'est coiffé. Légère hésitation devant le placard -rapide, car ce que je voulais mettre patiente gentiment devant la machine à laver-. Me voilà prête. Petit détour par ladite machine à laver afin de désengorger l'attente du mètre cube de linge sale. Vivent les familles nombreuses!
Dans la cuisine, spectacle immuable. L'aînée est déjà prête et donne à manger au chat et aux lapins nains (au nombre de 5 en ce moment, il va falloir que je me les perde dans la forêt!). Le petit dernier est en train de rêver devant son fromage blanc. "Si tu n'es pas prêt à temps, tu iras à l'école en pyjama!"...Changement de vitesse. Premier petit expresso de la journée. Petit instant fugace partagé avec ma moitié. Il avale le breuvage bienfaiteur d'une lampée. 7H40: il est en retard et prie pour qu'il n'y ait pas trop de monde durant les 3/4 d'autoroute qui l'attendent...Check-list avant le départ: vous avez tous vos tickets de cantine? ouiiiiiiiii. Vous avez pris votre goûter? ouiiiiiiiii M. tu as ton sac de piscine? ouiiiiiiiiii N. tu as tes affaires de sport? ouiiiiiiiii. C'est bon on peut y aller! merde, j'ai oublié de me maquiller! Vite, course de vitesse, histoire de mettre un peu de ravale-façade sur le visage. Je ne suis pas du genre à me peinturlurer façon arbre de Noël...et c'est tant mieux!
La Bétaillère à marmottons est là, gârée docilement devant la maison. Argggggh! Où sont ces foutues clés? Quête désespérée des clés, les précieuses minutes s'égrennent....On finit par les retrouver...dans mon sac à main où mon foutoir légendaire les dissimulait.
Démarrage en trombe. Les trois petites têtes, dans le rétro, sourient. 8heures sonnent au clocher du coin. Je les dépose devant l'école encore vide et obscure. Bonne journée mes chéris! Bonne journée, maman! Dernier regard sur les cartables qui passent le portail en se dandinant, première clope de la journée. Direction: la fac!
L'université émerge à peine des vapeurs matinales. A 8h15 on trouve encore plein de places sur le parking. A croire qu'il n'y a que moi qui me tape tous les cours dès potron minet. Je passe par la cafet. On échange quelques mots avec le gars du bar...Il est gentil ce gars, ça requinque de trouver un sourire de bon matin. 2° clope de la journée: à travers les volutes de fumée et les remous du café noir, je repasse le plan du cours que je me prépare à donner. C'est un instant nécessaire, comme un sas de décompression: j'oublie que j'ai des enfants, que j'ai une machine à laver qui tourne en ce moment, que je devrais me lever plus tôt et déjeuner...je mets ma vie entre parenthèse l'espace d'un instant.
J'arrive devant la salle 104. Ils sont tous là. Je suis contente de les revoir.
-Hola todos! Qué tal estais?
03/10/2005
Esprit es-tu làààààààààà????
Le paranormal est entré dans ma vie. Je suis très inquiète: l'irrationnel a investi ma modeste existence, la quatrième dimension s'invite au terrier. Des phénomènes étranges, inexpliqués et inexpliquables, perturbent ma vie de petite marmotte cartésienne et rangée. Au secours, Mulder et Scully, venez me sauver.
J'avais jusqu'alors une paisible vie de marmotte, partagée entre l'élevage l'éducation de mes marmottons, mon travail à la fac à marmottes et l'entretien du terrier... Quoi de plus banal, n'est-ce pas? En outre, je suis d'ordinaire un animal courtois , respectueux des bonnes manières avec mon prochain (je mange les frites avec une fourchette, sauf quand j'ai trop faim) et particulièrement pacifique (j'ai un autocollant "No a la guerra" sur mon agenda, c'est dire!). D'ailleurs je méprise la violence : un match de boxe, par exemple, heurte ma conception de l'humain...
Or, depuis quelques temps, je suis la proie des esprits ou autres farfadets. Peut-être attirés par mon innocence toute légendaire, me voilà envahie par des créatures venues d'on ne sait zoù. L'invasion a commencé. Fuyez mes amis, la fin est proche. Sans doute sont-ILS en train d'expérimenter un nouveau système pour contrôler nos âmes avant l'assaut final...qui nous convertira en esclaves voués à leur service à tout jamais. Aaaaagh! mes poils -pourtant si soyeux- se dressent à l'idée de servir ces êtres infâmes, une telle perspective me révulse et me glace.
Mais, me direz-vous sans doute, "que se passe-t-il donc ? Nous voulons des faits tangibles, des preuves! On ne peut accuser les vénusiens ou autres morts-vivants à la légère!" Le Rouletabille qui sommeille en vous brûle d'impatience de connaître les événements qui défient les lois de la physique terrestre élémentaire.
Tout d'abord, ces phénomènes étranges ont lieu à des moments bien déterminés: le samedi soir, lors des matchs à domicile de notre équipe de handball fétiche (D2, pour info!). J'ai d'ailleurs remarqué que je ne suis pas la seule victime des esprits...déjà plusieurs cas graves sont à déplorer sur notre seule ville.
C'est désormais un rituel immuable. Dès le premier coup de sifflet, je les sens qui opèrent leur invasion et la prise de contrôle de mon corps. D'abord mes mains se mettent à battre à se rompre dans un rythme fébrile et puis des mots incohérents sortent de ma bouche:
"alleeeeez les bleueueueueueueueus!"
"assassin!!!" (c'est vrai quoi, un adversaire avait violemment heurté notre petit nouveau, le beau bosniaque!)
"aux chiottes l'arbitreeeeeeeeeeeee" (j'ai honte)
"cinémaaaaaaaaaaa" (un adversaire faisait semblant d'avoir mal, c'est pas sport ça, même qu'il faisait exprès de pisser le sang et qu'on a lui mis un faux bandage tout autour de la tête)
"bououououououououououh" (le "bouh", c'est quand les autres ont la balle)
Bref, vous l'aurez compris aisément, cette attitude -qui contraste tant avec ma courtoisie habituelle- ne peut être que le fait d'une prise de contrôle de ma raison par une entité paranormale.

"ESPRIT, SI TU M'ENTENDS, SORS DE CE CORPS!".
En fait, une fois le match terminé, j'ai honte. Une fois, j'ai eu l'occasion de discuter avec un arbitre -dont j'avais relevé l'incompétence, hum, durant la partie- ...heureusement, il ne m'a pas reconnue! Est-ce une invasion de grande envergure ou suis-je la seule dans ce cas???



