24/11/2005

N'en déplaise à Patrick Bruel...

...n'en déplaise à Patrick Bruel, quand on se retrouve 10 ans après (pas forcément à Bordeaux, place des Grands Hommes), on n'a pas toujours quelque chose à se dire.

 

Téléportez-vous dix ans en arrière...J'étais à la fac, à la place des grands benets que j'ai en cours, sur les mêmes chaises qui grincent sur le carrelage! Les mecs avaient des pantalons serrés (pas les sacs à patates actuels où l'on ne voit plus les fesses) et les nuques longues, les filles ne portaient pas de talons aiguilles ni de jeans patte d'ef'. On était une bande de potes -tout aussi benets que ceux d'aujourd'hui- et on se fendait la gueule! ....

 

On passait des heures à faire des commentaires inlassables sur les profs: MO. qui ne fichait que des bananes en thème, ce sacré MAN qui avait des tics de langage (il les a toujours d'ailleurs), on faisait des petits bâtons pour compter le nombre de tics par heure de cours, sans oublier ce cher AL qui ne trouvait dans la littérature que des allusions au sexe et à l'alcool....

 

...et puis les parties interminables de tarot dans le foyer enfumé (aujourd'hui devenu une salle de classe),

 

les repas de classe (notamment celui ou j'avais vomi des carottes râpées par le nez dans la R4 de Lolote),

 

les sorties en boîte (aujourd'hui devenue le hangar d'une grosse entreprise),

 

les fous rires et délires en tous genres....

Ah, nostalgie, quand tu nous tiens!!

 

Or, à cette époque-là, nous étions un petit groupe (maintenant il paraît qu'on dit une tribu!) régulièrement chez les uns ou les autres. Il y avait S. qui bossait chez Quick, qui n'aimait pas qu'on fasse des plis à son tapis et qui, pour faire le plein de sa R5, mettait 20 balles d'essence (à peu près le plein d'une mob. Peugeot 103); il y avait Lolote, spécialiste des gaffes en tous genres et Wil...

 

Wil était un garçon très réservé (pas le style à montrer son cul lors d'un repas de classe par exemple), pince sans rire et adepte du jeu de mots à tout crin. Mais ce qui le caractérisait par-dessus tout c'était son sens bien particulier de l'ordre et de l'hygiène. Toujours sapé impeccable, nul n'aurait pu croire que sa baignoire était d'un gris plus que douteux, que, nous les filles, étions obligées de pisser debout dans ses chiottes, de peur que de gros cafards géants nous sautent à la gorge (ou ailleurs), que sa motte de beurre était régulièrement ornée de poils de cul et que nous frisions la mort par déshydratation durant les parties de tarot de peur d'attraper des herpès purulants au seul contact de ses verres collants.

 

Des anecdotes le concernant, il y en a en pagaille...comme lorsqu'il avait malencontreusement estropié un chaton qu'il avait en garde -il avait déclaré qu'il s'était échappé alors qu'il n'avait pas survécu après avoir été coincé par une porte-, comme....

 

...et puis le temps a passé, nous avons eu nos concours et sommes devenus de gentils serviteurs de l'Education Nationale. Lolote et Wil ont été mutés dans le Nord, ils ont laissé le confit de canard et les montagnes pour le moules-frites et le plat pays qui n'était pas le leur. S est devenue prof d'école à Paris et pour ma part je pouponnais mes premières marmottones en attendant que le Grand Mouvement de l'EN veuille bien me rendre à mon terrier.

Les "on s'appelle, on s'fait une bouffe" devenaient de plus en plus difficiles à 1000 kilomètres de distance...les "exilés" ne "descendaient" qu'aux vacances. Et puis, comme Yoko avec les Beatles, Wil s'est trouvé une greluche...qui n'a guère accroché avec le reste de la tribu. Trahison, ils abandonnait lâchement ses potes pour une pouf!...alors, silence radio!

 

Plus de nouvelles de Wil!...lorsqu'on se retrouvait avec S et Lolote, on emettait des hypothèses, on s'interrogeait sur le destin de ce comparse perdu: "peut-être qu'il est toujours avec "elle"? peut-être même qu'il s'est marié?" (l'annonce du mariage un beau jour à une seule de la bande a jeté comme un froid et a définitivement banni Wil au rang des perdus pour la patrie!) Une année, Lolote est revenue persuadée qu'il avait quitté le pays des ch'ti. "Mais pour aller où? Tu crois qu'il a assez de points pour redescendre?" (ça c'est du langage codé Educ Nat...pour les non initiés, c'est le nombre d'années de galère loin avant de pouvoir obtenir un poste près de ta famille).

Mystère. Où était-il? Chercher Wil? Boooa, les années ont passé et on n'y a plus pensé.

 

 Et puis, et puis...le marmotton en chef, depuis cette année, troque le costume de vilain capitaliste contre celui de prof (enfin, d'intervenant extérieur, comme on dit).  A la pause de midi, je l'appelle, pour savoir comment s'est passé son "intervention".

- "Tu ne devineras jamais avec qui je suis. Tiens je te le passe!"

- "Salut, c'est Wil. Je suis en poste ici depuis quelques années."

- ... (bouche bée de surprise)

...quoi de neuf? (manque d'inspiration après les premiers instants de surprise)

- Boooa, rien. Je suis marié, j'ai deux gosses.

- mmmm, super!

 

Et bien vous le croirez ou non. J'ai rien trouvé à lui dire, 10 ans après. Je ne lui ai même pas demandé s'il avait toujours des poils de cul dans ses plaquettes de beurre....

Commentaires

Belle histoire ! cela nous rappelle à quel point le temps passe vite !
Il y a 10 ans... cela parait une éternité ! les routes se séparent pr parfois ne plus jamais se retrouver ! Et pourtant nous restons les mêmes ! les mêmes peur, les mêmes poils sur les mottes de peur, les mêmes rêves...
ALlez va ! encore 10 ans !

Écrit par : clochette | 24/11/2005

Et oui. Nous avons toutes eu notre Wil. Un Wil c'est pratique : un Wil est toujours prêt à écouter nos déboires de fillettes. C'est le bon copain dont on ne craint rien (on peut même partager le même lit qu'un Wil, il ne tente rien car il raconte blague sur blague durant la totalité de la nuit) et qui ne trouve jamais chaussure à son pied car entre 20 et 30 ans, les filles ne flashent que sur les salauds!
Un Wil c'est trop doux/rassurant comme un sirop de fraise ou trop marrant/assexué comme un film de Jean Lefèvre. Et puis un jour, Wil trouve celle qui vient mettre un terme à ces adjectifs : alors que faire de Wil quand il n'est plus Wil?...

Écrit par : maryse | 25/11/2005

Ben ça pour une surprise ...
Marié, ça on savait... mais alors avec deux gosses !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Tu te doutais que j'interviendrais...
Tu sais quoi... je ne suis pas étonnée de ta réaction... je crois que même moi je n'aurais pas fait mieux, enfin... si... , je n'aurais pas résisté au plaisir d'être un tantinet ironique (j'y peux rien c'est dans ma nature).
P.S : Je crois qu'il y a quelques inexactitudes dans ton récit...

Écrit par : la mano | 26/11/2005

@clochette:tu crois qu'on ne change pas? Moi je crains d'être passée de "jeune conne" à "vieille conne"... Bloups!
@maryse:C'est tout à fait ça! Un Will marié n'est, par définition, plus un Will... Quant à croire que nous flashons toutes sur des salauds entre 20 et 30...en tout cas pas chez les marmottes!
@ la mano: hé, hé, je savais que tu sortirais du cyber fourré. Marrant non? La marmotte en chef qui se tope le Will en pleine salle des profs!!! Quant aux inexactitudes...c'est pas par le nez que je les avais vomies, les carottes râpées? ou aurais-je dû préciser que Lolote se posait des questions métaphysiques telles que "sucer est-il tromper?".... ??????

Écrit par : la marmotte | 26/11/2005

Dis donc LA MANO, tu trouves que la littérature de Amélie Nothomb est de piètre qualité, mais tes questions métaphysiques ressemblent plutôt à celles d'animateurs télé dont le score de QI avoisine celui de la blatte. Au fait, as-tu trouvé ta réponse?
Peux-tu nous éclairer sur les inexactitudes de ce récit (cela a l'air passionnant!)?

Écrit par : maryse | 26/11/2005

merde... chui qu'un Wil...

Écrit par : HANK | 26/11/2005

et Lolote se posait LA question AVANT ou APRES la p'tite gâterie ???

Écrit par : bob | 26/11/2005

Et dans ses poils de cul, il restait du beurre ?

Écrit par : CohenLeBarbare | 27/11/2005

La dernière fois que j'ai pris part à ce blog, c'était pour dire à ma copine la marmotte que j'aimais bien sa prose(ma syntaxe est plutôt simple finalement), et là je me suis fait littéralement phagocyter par des gens très ouverts d'esprit puisque dans l'Education Nationale, tout ça parce-que nous avions des divergences de goûts...Bien-sûr j'ai eu droit aux jugements de valeurs, à des propos qui tenaient plus du règlement de compte gratuit qu'à une réelle discussion, à une longue diatribe bien humiliante révélant à quel point mon avis n'était pas digne d'intérêt ... Je me suis dit ,"bouou !!! pas sympa ici !!! Du coup fini, terminé, j'irai plus...
Et voilà que j'apprends une certaine nouvelle par ma copine la marmotte, alors bon, je ne résiste pas, je m'y colle à nouveau... devine quoi , je me refais "purger" (comme disent mes élèves) sans avoir rien demandé, pour ces mêmes choses dites il y a au moins trois mois !!! Je remercie la marmotte d'avoir oeuvré en ma faveur, mais là il suffit !!!
J'ajoute que je ne permets pas de porter des jugements plus que hâtifs sur des personnes que je ne connais pas, et surtout je rappelle le but initial du blog de la marmotte...
Je salue bien bas Dame Maryse...
P.S : oui je sais , je suis très susceptible...enfin non, mais j'aime bien me faire vanner quand c'est drôle...

Écrit par : la mano | 28/11/2005

Hé ho, la mano! tu vas pas nous la jouer Caliméro. Reviens, on t'ai-meu! Je suis pour la mixité culturelle et contre tout dictat de pensée. Le terrier est ouvert à tous, même aux lecteurs de "Femme actuelle"! La marmotte, elle pleurait hier sur "le pianiste" (comme à chaque fois) ...mais elle est capable de regarder un bon navet des chaumières. si, si!

Écrit par : la marmotte | 28/11/2005

tiens, en parlant de jugement hâtif, je sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que cette mano-là ne doit pas souvent laisser des poils de cul dans sa plaquette de beurre...
et je m'étonne de la voir traîner dans les mêmes prairies que cette marmotte qui à l'air bien plus "funky" qu'elle ! des blogs sur le politiquement correct, la bienséance, ou ce qu'il convient d'avoir comme opinion sur le monde, ça doit bien exister non ?

Écrit par : hank | 29/11/2005

Ainsi donc la Marmotte mate les fesses de ses étudiants ! Est-ce pour cela qu'il y a cette mode "sacs à patates" ?

Eh non, Marmotte, ce détail ne m'a pas échappé ! Tellement sidéré que... euh ? Qu'as-tu écris ensuite ? :p

Je retourne lire !

Écrit par : Gatito | 30/11/2005

@hank: mes prairies sont ouvertes à tous. Et puis, moi, la mano, je la connais, en vrai (si, si, dans le vrai monde)...et elle est très rigolote. Alors, arrêtez un peu de la malmener ... on a le droit de ne pas aimer A Nothomb, dans ce bas monde, non? (et puis je vais vous faire une confidence: moi, je ne l'ai même pas lue, la Nothomb, et cela ne m'empêche pas d'hiberner!)
@gatito: je me doutais bien qu'il y en aurait un qui relèverait ce détail!!! Avoue quand même que c'est plus agréable pour les yeux des pantalons qui soulignent la plastique que "des sacs à patates", non? Je parle en esthète, bien sûr!!!

Écrit par : la marmotte | 30/11/2005

tout à fait ok avec toi pour les retrouvailles 10ans après, 'faut pas trop fantasmer là-dessus... parce que 10 ans de plus, c'est souvent 10 kg de plus ! ouarf ouarf ouarf !!!

ps : si tu connais la mano en vrai, je m'abstiendrai de toute référence à cette écrivaillonne de bas étage, par peur du carton rouge !

Écrit par : bob | 01/12/2005

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