30/12/2005

Les bonnes résolutions

Avez-vous remarqué comme les fins d'années sont toujours l'occasion de bilans exhaustifs, d'introspections profondes, de retours sur soi pénétrants ? Les entreprises bouclent leur comptabilité et se projettent sur les perpectives de la nouvelle années. Les examens de fin de semestre évaluent les compétences des étudiants... Et nos medias n'ont pas échappé à la règle et nous offrent, sommum de la créativité, un inventaire de la fine fleur qui a marqué l'année 2005.

 

C'est pourquoi le petit écran ravit son public par une rétrospective de l'année passée. La star ac se réunit au complet pour enchanter ses fans. Les programmes sportifs se mettent au diapason et nous présentent les rares athlètes ayant obtenu des victoires. Occasion de ressortir des placards poussiéreux les vieux joueurs à la retraite...Mais les medias français ont compris ce qu'était une réelle introspection et dans leur volonté de nous montrer un résumé sérieux de l'année, ils se mettent à nu: c'est l'époque des bêtisiers. Et finalement quoi de plus représentatif de l'année audiovisuelle écoulée qu'une somme d'inepties enchaînées les unes aux autres???

 

Pour ma part, je vais donc sacrifier à la tradition et tâcher de prendre de bonnes résolutions pour la nouvelle année.

 

résolution n°1 Tout d'abord, je vais me mettre à faire du sport, dussé-je me lever à 6 heures du mat pour aller courir avant la douche. Ouaip! motivée, la marmotte. Finis les plis du ventre d'après hibernation! Des plaquettes de chocolat, sous le pelage.

 

résolution n°2  Et puis je vais arrêter de bâffrer comme ça. Tant pis pour les soldes de janvier où les foies frais sont si bon marché. Ou alors juste un ou deux peut-être.

 

résolution n°3  Et puis, dès janvier, je me mettrai à corriger les copies dès que je les aurai en main. On m'appellera "correction woman". J'y passerai mes nuits, avec un tuyau directement branché sur la cafetière qui m'alimentera en continu. J'arriverai en cours, le lendemain, les yeux en trou de pine ourlés de brun, mais fière d'avoir accompli mon travail.

 

résolution n°4  Et puis je me coucherai de bonne heure. C'est vrai quoi, c'est pas une vie de se coucher tous les soirs à 1 heure du matin sous prétexte que la vie de couple c'est important et que la marmotte en chef et moi on ne se voit qu'à partir de 9 heures quand tous les marmottons sont couchés, se sont relevés pour nous redire bonsoir pour la énième fois, se sont recouchés, sont allés pisser une nouvelle fois et se sont enfin couchés définitivement. Désormais, une petite infusion, et à 9 heures au lit!

 

résolution n°5  Et puis je vais arrêter de faire autant la fête. C'est pas normal à 35 balais de se retrouver avec des litres de Despé dans le corps à danser comme une sonnée avec mon marmotton en chef comme des adolescents prépubères. Il faut que jeunesse se passe...et elle est malheurreusement bien passée!

 

résolution n°6  (j'en avais prévu 10, mais bon, j'ai plus d'inspiration...et puis ça suffit comme ça)

 

 

Voilà, une nouvelle ère commence. Super. La nouvelle marmotte est née. 2006 sera saine ou ne sera pas.

 

Putain que ça va être chiant 2006.

21/12/2005

Petiiiiiit papaaaaaa Noëeeeeeeel...

Il paraît que c'est la saison, alors je me lance:

 

Cher Père Noël,

 

Comme j'ai été bien sage cette année (hein? quoi? comment ça, ça pourrait être mieux?), je te communique la liste des présents qui me feraient grand plaisir:

 

 

- tout d'abord, et en priorité, un scanner-correcteur automatique de copie à commande digitale (c'est une espèce de laser que l'on passe sur les copies et qui les corrige en 2 secondes chrono.)

Au pire, si le produit est épuisé: un désintégrateur de copies (à combustion instantanée)

Ou un "nègre" (comme la super sprof de droit de ma fac qui se barre 5 mois aux States et laissent ses exams aux chargés de TD)

 

- une épée laser spéciale-queues-dans-les-supermarchés: qui permet de désintégrer toutes les personnes qui sont avant toi. Siouplaît avec option "3° âge" pour gratter toutes les vieilles qui piquent un 100 mètres avec leur caddy plein pour pouvoir te passer devant, toi, malheureux quidam qui tient ton unique paquet du bout des doigts.

 

- un GPS nouvelle génération, permettant de savoir quelle file choisir aux péages et ainsi, d'éviter celles des gens qui n'ont pas de monnaie, qui ont les bras trop courts ou qui ne savent pas faire marcher leur carte bleue (j'ai pas de bol, je tombe toujours derrière une vieille qui cherche désespérémment sa petite pièce au fond de son porte monnaie d'avant-guerre, qui sort pour pouvoir la déposer dans le grand filet parce qu'elle est à 1 mètre du bord pour ne pas rayer sa belle voiture, remonte dans ladite voiture, remet sa ceinture -elle est prudente-, remet son porte monnaie d'avant-guerre dans son sac à main, replace son rétro, au cas où il aurait bougé en son absence....et enfin démarre)

 

- des supers baskets que quand tu les mets, tu fais du sport et perd des kilos sans t'en apercevoir (euh, je chausse du 36)

 

- un pack d'heures de libre parce que mes journées sont décidemment trop courtes

 

Voilà, père Noël, j'espère que mes petits souliers seront assez grands...

Quant à tous ceux qui, d'aventure, passeraient au terrier, un petit bonjour, me ferait également plaisir!!

16/12/2005

Les larmes d'Uma Thurman

J'ai Uma Thurman en cours. Ouaip, même qu'elle est en première année!

 

 

Dès le début de l'année, cette gamine m'a frappée. Sans doute ce mélange de ténacité et de fragilité dans le regard. Sans doute sa peau presque translucide, ses cheveux très blonds et ses yeux délavés. Sans doute ce sourire craintif, apeuré...Je ne saurais dire pourquoi, c'est la première fois qu'un tel sentiment m'assaille. Quand je la regarde, je m'attendris, je fonds. Bien sûr, je vous rassure, il s'agit d'un attendrissement tout intérieur: je vous vois d'ici, m'accusant de partialité, d'avoir "mes têtes", de favoriser "mes chouchous".... Loin de moi une telle attitude: je souris, c'est tout, comme je souris avec tous les autres (sauf quand ils m'emmerdent, mais ça c'est normal, et c'est, somme toute, assez rare). Je vous avouerais que ce sentiment m'a taraudé, préoccupé, inquiété même: pourquoi cette gamine plutôt qu'une autre? Serais-je une fan de Kill Bill sans le savoir? A force d'interrogations obstinées et d'auto-divan j'ai fini par comprendre: en fait, cette petite jeune ressemble à ma marmottone cadette, en plus âgée! (ou du moins à l'idée que je me fais, inconsciemment, de ma fille dans quelques années... )

 

Piouf, c'est compliqué tout ça!

 

Ce matin, donc, à 8 heures, mes 150 premières années avaient rendez-vous pour un grand rassemblement en amphi: le contrôle d'espagnol. Youpiiiiiii!

 

Je ne vous refais pas la manoeuvre (z'aviez qu'à lire la note précédente), c'est la même chose à part que ça monte et ça descend, les promenades en amphi! Au bout d'un moment, je me rends compte que la petite Uma Thurman n'est pas là. Dame! pensé-je, elle doit être malade... Je m'en inquiétai auprès d'une de ses copines: elle ne savait pas... 

L'heure et demi de contrôle s'écoula. La plupart des étudiants s'empressa de rejoindre la sortie, certains s'attardaient, par grappes. Tandis que tous remontaient les marches, je la vis descendre: Uma Thurman arrivait, livide, les yeux rougis et gonflés de chagrin.

- Et bien, qu'est-ce qui t'est arrivé?

Et là, elle fond en larmes. Entre deux sanglots, elle hoqueta:

- J'ai confondu, je croyais que c'était 8H30 Ouiiiiiiiiin! (c'est dur à refaire le son des larmes)

- Mais c'est pas grave. On va s'arranger....

- De toute façon, je savais que je le raterai (re-larmes)...J'en ai rêvé cette nuit....J'ai rêvé que je le râtais, ce contrôle (re-hoquets)

- Allez, viens, on va prendre un café et on va arranger ça (rien ne vaut un petit café et le sourire du Maître des Expresso)

Tandis qu'elle se mouche et qu'elle sèche ses yeux tout bouffis, je rassemble mon demi quintal de copies. Chemin faisant, elle m'explique que lorsqu'elle est arrivée, elle a pris conscience qu'elle s'était trompée d'horaire, qu'elle n'avait pas osé rentrer et que depuis une heure, elle pleurait comme une âme en peine (ça, c'est moi qui rajoute) derrière la porte.

 

-Deux cafés et un cognac pour la demoiselle, siouplaît! Elle sourit.

 

Allez, ce n'est pas grave. Ce n'est ni un partiel, ni un concours, c'est juste un contrôle continu. Demain, tu viendras à l'heure. Je te mettrai dans notre cagibi qui nous sert de bureau et tu feras ton examen toute seule....Rassurée?

14/12/2005

Surveillance...

Période de partiels...

 

 

J'arrive le sac vide, je repars le sac rempli de kilos de copies. C'est un peu l'inverse du père Noël. Je charge ma petite hotte personnelle: une bonne centaine de cadeaux fabriqués par les petites mains de mes étudiants. C'est un peu comme un Noël en famille. Certains auront fait de leur mieux, auront cherché pendant deux heures ce qui pourra me faire plaisir: un joli verbe irrégulier bien conjugué, une belle structure idiomatique que j'avais remarquée en classe. D'autres ont peu de moyens mais ils s'appliquent, la langue en coin: ils ne savent pas trop quoi m'offrir mais s'efforce de faire un joli paquet avec une belle écriture et les questions soulignées avec soin. Et puis il y a ceux qui s'en foutent, ils sont là parce qu'on leur a dit de venir, et puis d'abord, ils n'aiment pas ce genre de réjouissances en famille. Alors ils gribouillent deux trois mots, histoire de me montrer qu'ils étaient là, histoire de ne pas trop froisser la maîtresse de maison...

 

 Les deux porteurs de copies blanches sont déjà sortis. Je parcours les travées, faisant mine de ne pas prêter attention aux jolis cadeaux qu'ils sont en train de me confectionner. Discrètement, je jette un oeil sur un coin de copie. Ah, Jennifer, combien de fois ai-je dit de faire attention à la règle de la concordance des temps! Thomas, n'avais-je pas dit et redit que l'"augmentation" est masculin en espagnol? Je passe mon chemin, impassible, même si la phrase entrevue me fait un peu mal (encore un point qu'il faudra revoir et revoir encore, inlassablement). Mon regard glisse, comme distant, indifférent, mais au détour d'une rangée, par-delà les échines courbées, j'aperçois d'autres erreurs, d'autres incorrections. Je sais qu'en ce moment, ils font de leur mieux, mais j'ai du mal à réprimer un soupir. Il reste tant à faire!

 

Soudain, un brouillon s'agite, là-bas, au fond de la salle. Il semble jeter des signaux vers Elodie, derrière lui. Youp là, eh oh, Mélanie, ma cocotte, inutile de communiquer tes erreurs à ta voisine de derrière, elles ne lui seront d'aucun secours!! Je dégaine mes colts, la chasse aux tustes est ouverte! (euh oui, les "tustes" c'est les "anti-sèche" en langue de par chez nous!!)...en bref, je continue ma petite promenade dans les travées en ouvrant l'oeil et le bon...

Ce n'est pas tant les brouillons ou les trousses qui sont dangereuses....ce sont les portables! Il y a un petit malin, l'année dernière qui avaient mis toutes les conjugaisons en mémoire!!! Certains sont venus comme s'ils allaient soutenir un siège ou passer la dissert de 7 heures d'agrég: thermos de café, biscuits protéinés (je suis sûre que dans leur cartable ils ont la couverture de survie et le réchaud)...Tiens, j'en prendrais bien un, moi, de café....parce qu'à force de tourner en rond comme un poisson dans un bocal, j'ai les paupières qui deviennent lourdes, lourdes, lourdes....

 

Les minutes s'égrennent, longues pour moi, trop courtes pour eux...

Voilà enfin la salle vide. Je rassemble mon tas de petits cadeaux, charge ma hotte et m'en retourne vers ma bétaillère (oui, je sais c'est moins fun que le traîneau avec les rennes, mais au moins j'ai la radio!!).

 

Il faudra que je commande au Père Noël, le vrai, un stock de stylos verts, je crois que je vais en avoir bien besoin!! 

05/12/2005

Ode au sourire....

C'est un lundi matin, comme tous les lundis matins. Un jour fade vient de se lever. Le ciel a la gueule de bois et vomit des litres de flotte sur les trottoirs poisseux. Les voitures se pressent toutes, s'agglomèrent aux ronds-points, comme si elles sentaient le froid intense du petit jour. Normal, tout le monde est à la bourre: c'est un lundi matin, comme tous les lundis matins.

 

Le parking des profs est quasiment vide. Je sais que ma voiture sera aussi toute seule, ce soir, à 20 heures, quand je sortirai. Rentrée avec la nuit, je sortirai avec la nuit. C'est comme ça: c'est un lundi matin, comme tous les lundis matins.

 

Les couloirs sont déserts, lisses, encore propres, avant que des centaines de pieds ne les souillent dans quelques heures. Je franchis le hall où quelques étudiants mal réveillés fument leur clope devant les tableaux d'affichage. Des visages fermés, mal défripés de leur nuit de sommeil encore proche. Une porte est entrebaillée. Mon regard y plonge, presque involontairement: des rangées de chaises attentives, un tableau luisant, prêt à recevoir des bribes de savoir, comme un écran éteint.

 

Mais, là-bas, au fond du patio, il y a de la lumière. Mes pas m'y mènent. Ils connaissent le chemin. Toujours le même, comme tous les lundis matin et tous les autres matins.

La cafet est ouverte, encore vide. Seuls quelques étudiants épars finissent d'y déjeuner devant un devoir en retard.

 

Lui, il est là, fidèle au poste. Toujours le sourire. Toujours un petit mot gentil qui met du baume au coeur. C'est le gardien de la caféine, le maître de l'expresso. C'est aussi le premier sourire du matin. Ce ne sont que 5 minutes avant de se jeter dans l'arène, mais 5 minutes nécessaires. Je crois que ce n'est pas tant ma dose de caféine que je viens chercher là, mais son sourire et son amabilité. Je lui donne le score du match de hand, on parle un peu rugby...c'est tout.

 

Je repose ma tasse sur le zinc. Je souris. C'est un lundi matin, comme tous les lundis matins.

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