14/12/2005

Surveillance...

Période de partiels...

 

 

J'arrive le sac vide, je repars le sac rempli de kilos de copies. C'est un peu l'inverse du père Noël. Je charge ma petite hotte personnelle: une bonne centaine de cadeaux fabriqués par les petites mains de mes étudiants. C'est un peu comme un Noël en famille. Certains auront fait de leur mieux, auront cherché pendant deux heures ce qui pourra me faire plaisir: un joli verbe irrégulier bien conjugué, une belle structure idiomatique que j'avais remarquée en classe. D'autres ont peu de moyens mais ils s'appliquent, la langue en coin: ils ne savent pas trop quoi m'offrir mais s'efforce de faire un joli paquet avec une belle écriture et les questions soulignées avec soin. Et puis il y a ceux qui s'en foutent, ils sont là parce qu'on leur a dit de venir, et puis d'abord, ils n'aiment pas ce genre de réjouissances en famille. Alors ils gribouillent deux trois mots, histoire de me montrer qu'ils étaient là, histoire de ne pas trop froisser la maîtresse de maison...

 

 Les deux porteurs de copies blanches sont déjà sortis. Je parcours les travées, faisant mine de ne pas prêter attention aux jolis cadeaux qu'ils sont en train de me confectionner. Discrètement, je jette un oeil sur un coin de copie. Ah, Jennifer, combien de fois ai-je dit de faire attention à la règle de la concordance des temps! Thomas, n'avais-je pas dit et redit que l'"augmentation" est masculin en espagnol? Je passe mon chemin, impassible, même si la phrase entrevue me fait un peu mal (encore un point qu'il faudra revoir et revoir encore, inlassablement). Mon regard glisse, comme distant, indifférent, mais au détour d'une rangée, par-delà les échines courbées, j'aperçois d'autres erreurs, d'autres incorrections. Je sais qu'en ce moment, ils font de leur mieux, mais j'ai du mal à réprimer un soupir. Il reste tant à faire!

 

Soudain, un brouillon s'agite, là-bas, au fond de la salle. Il semble jeter des signaux vers Elodie, derrière lui. Youp là, eh oh, Mélanie, ma cocotte, inutile de communiquer tes erreurs à ta voisine de derrière, elles ne lui seront d'aucun secours!! Je dégaine mes colts, la chasse aux tustes est ouverte! (euh oui, les "tustes" c'est les "anti-sèche" en langue de par chez nous!!)...en bref, je continue ma petite promenade dans les travées en ouvrant l'oeil et le bon...

Ce n'est pas tant les brouillons ou les trousses qui sont dangereuses....ce sont les portables! Il y a un petit malin, l'année dernière qui avaient mis toutes les conjugaisons en mémoire!!! Certains sont venus comme s'ils allaient soutenir un siège ou passer la dissert de 7 heures d'agrég: thermos de café, biscuits protéinés (je suis sûre que dans leur cartable ils ont la couverture de survie et le réchaud)...Tiens, j'en prendrais bien un, moi, de café....parce qu'à force de tourner en rond comme un poisson dans un bocal, j'ai les paupières qui deviennent lourdes, lourdes, lourdes....

 

Les minutes s'égrennent, longues pour moi, trop courtes pour eux...

Voilà enfin la salle vide. Je rassemble mon tas de petits cadeaux, charge ma hotte et m'en retourne vers ma bétaillère (oui, je sais c'est moins fun que le traîneau avec les rennes, mais au moins j'ai la radio!!).

 

Il faudra que je commande au Père Noël, le vrai, un stock de stylos verts, je crois que je vais en avoir bien besoin!! 

05/12/2005

Ode au sourire....

C'est un lundi matin, comme tous les lundis matins. Un jour fade vient de se lever. Le ciel a la gueule de bois et vomit des litres de flotte sur les trottoirs poisseux. Les voitures se pressent toutes, s'agglomèrent aux ronds-points, comme si elles sentaient le froid intense du petit jour. Normal, tout le monde est à la bourre: c'est un lundi matin, comme tous les lundis matins.

 

Le parking des profs est quasiment vide. Je sais que ma voiture sera aussi toute seule, ce soir, à 20 heures, quand je sortirai. Rentrée avec la nuit, je sortirai avec la nuit. C'est comme ça: c'est un lundi matin, comme tous les lundis matins.

 

Les couloirs sont déserts, lisses, encore propres, avant que des centaines de pieds ne les souillent dans quelques heures. Je franchis le hall où quelques étudiants mal réveillés fument leur clope devant les tableaux d'affichage. Des visages fermés, mal défripés de leur nuit de sommeil encore proche. Une porte est entrebaillée. Mon regard y plonge, presque involontairement: des rangées de chaises attentives, un tableau luisant, prêt à recevoir des bribes de savoir, comme un écran éteint.

 

Mais, là-bas, au fond du patio, il y a de la lumière. Mes pas m'y mènent. Ils connaissent le chemin. Toujours le même, comme tous les lundis matin et tous les autres matins.

La cafet est ouverte, encore vide. Seuls quelques étudiants épars finissent d'y déjeuner devant un devoir en retard.

 

Lui, il est là, fidèle au poste. Toujours le sourire. Toujours un petit mot gentil qui met du baume au coeur. C'est le gardien de la caféine, le maître de l'expresso. C'est aussi le premier sourire du matin. Ce ne sont que 5 minutes avant de se jeter dans l'arène, mais 5 minutes nécessaires. Je crois que ce n'est pas tant ma dose de caféine que je viens chercher là, mais son sourire et son amabilité. Je lui donne le score du match de hand, on parle un peu rugby...c'est tout.

 

Je repose ma tasse sur le zinc. Je souris. C'est un lundi matin, comme tous les lundis matins.

22/09/2005

Déprime d'après corrections

Je suis encore sous le choc. Deux paquets de copies à corriger en deux jours: session de septembre pour les 1° années de Lettres.

 

 

En général, avec mes étudiants de droit ou de tourisme, je ne vois que des fautes d'espagnol. Certes, certaines erreurs m'attristent. Je me dis que le message n'est pas complètement passé, que je n'ai pas réussi à leur communiquer l'importance de tel ou tel point, que je ne suis pas parvenue à transmettre l'urgence de maîtriser une langue étrangère... mais bon, cela ne reste qu'une langue étrangère. Pour la plupart, cette méconnaissance n'aura que peu de conséquences dans leur vie quotidienne. Restons modestes!

 

La particularité avec les étudiants de lettres, c'est que leur partiel comporte un exercice de traduction qui me permet de lire quelques lignes en français. Et là, très sincèrement, cela me fait du mal. Je vous soumets quelques "perles" choisies parmi d'autres dans une liste tellement longue...trop longue.

l'anonima

ces femmes ont étées...

Quant on prend...

des contributions si importante

elles étaient entrain de...

elles avait...

comme si on les maintienent...

ils vûrent des fourmies

ils ont tout regarder

ils n'en n'ont trouvé aucune

vous voullez savoir

la basse-courre

je leur dit que..

je veux que vous me dîtes

-"Demandait leur, monsieur!"

 

Au fur et à mesure que les copies corrigées s'entassaient, je suis passée de la colère initiale à un sentiment diffus, étrange: un mélange d'incompréhension, d'impuissance, de découragement...

Comment en est-on arrivé là? Comment des étudiants de 1° années à la fac de lettres peuvent-ils à ce point méconnaître le français? La faute à qui? Les SMS? La télé poubelle? Un bac bradé? Les parents? Notre système éducatif? Nous les profs? ...  je ne sais plus, je ne comprends plus.

Faut-il décréter que l'orthographe est négligeable, que cela ne compte plus?...Et puis dans quelques générations on étudiera la langue française orthodoxe comme le latin ou le grec? Faut-il, au contraire, lutter, faire de la résistance pour sa sauvegarde?  Je ne sais plus.

A quoi je sers moi? Pourquoi leur apprendrais-je l'espagnol alors qu'ils ne maîtrisent pas leur propre langue? Piouf!...que de questions dont je n'ai pas la réponse! que de problèmes que je ne contrôle pas!

Socorroooooooo!