09/03/2006

'chuis pas du matin...

 ...et pas de l'après-midi non plus!

 

(je sens que mes photos de Birkenau ont plombé l'atmosphère...d'où une petite note plus légère)

 

Parfois, je m'étonne encore: comment puis-je supporter une cadence de vie aussi contraire à mon biorythme?

Tous les matins, alors que je suis encore, qui à poursuivre des chats dans une ville inconnue, qui à voler au-dessus du terrier (et sans ailes, en plus, rien qu'à la force des bras!!), qui à m'entretenir avec des gens charmants que je ne connais pas mais en qui pourtant je lis à livre ouvert....il faut qu'une tonnitruante mélodie couverte par un grésillement  insupportable me tire des bras de Morphée (au fait, chéri, si tu pouvais régler DEFINITIVEMENT le radio réveil sur la bonne fréquence...cela éviterait ces grésillements si peu euphoniques en des heures matinales difficiles).

 

Et là, je crois que seul un treuil correctement huilé pourrait me tirer de mon lit. Le marmotton se lève (au fait, chéri, si tu pouvais être plus discret le matin...), j'étends mes membres dans la tiédeur de la toute petite place que je lui laisse la nuit...Une minute, une toute petite minute de sommeil en plus. Je donnerais un royaume (que je n'ai pas, certes) pour une toutte petite goutte de black out total. Encore un tout petit instant dans les profondeurs délicieuses du songe.

 

-Tu te lèves?

- Mmmmmmphfffffffff.

 

Péniblement, je m'assois sur le bord du lit, tâchant de rassembler mes idées, hurlant (intérieurement) ma douleur à la lune diluée dans l'aube. Et puis, tout s'accélère, les minutes ont repris le contrôle de ma vie, elles s'écoulent, indifférentes, me narguent...Vite, vite, le temps est compté. Il presse, il se compresse. La course a commencé.

 

J'avale une tasse de café, bien noir, tandis que les enfants n'en finissent pas de finir de déjeuner. L'aînée est déjà prête, comme d'habitude. Les deux petits sont encore en pyjama.

- Qu'est-ce que je meeeeeeeets?

Question déconcertante. J'ai envie de répondre: "d'après toi?!.... j'hésite, ton costume de spiderman? Ton justaucorps de danse? Ton maillot de bain?????". Je réponds: "mais mon chéri, tout est prêt sur ton radiateur..."

 

ça y est, tout le monde est dans la bétaillère! Je fais le point au sommet avant de démarrer:

- Ticket de cantine?

-OK

- Sac de piscine?

-OK

-Cartable? (ne rigolez pas, c'est déjà arrivé qu'ils l'oublient!)

-OK

-Goûter?

-OK

-Ceintures bouclées?

-OK

C'est bon, on démarre! Me voilà au volant de la bétaillère à marmottons, filant dans les rues encore empesées de sommeil vers l'école. Le rond-point, le cédez-le-passage, un feu, deux feux, un ralentisseur...nous approchons de l'école quand...

- Mamaaaaaaaan, Marmotton, il a oublié ses chaussettes!!!!

(pour info, c'était un jour où il ne faisait que la bagatelle de -5° dehors).

Heureusement que l'école est pourvue de tous les vêtements oubliés chaque année par les enfants...et au nombre desquels on recense une paire de chaussettes!!

Une autre fois, on s'est rendu compte, un peu tard, qu'il était en pantoufles (bon, ce jour-là, j'ai quand même fait demi-tour) et la cadette, un jour, a fait la gym avec deux pieds gauches (j'avais pris deux paires identiques en soldes, hum)!!

 

 

 

Quand je dis que je ne suis pas du matin...

 

 

 

 

07/01/2006

Agression de bétaillère

Vous êtes détendu, au volant de votre bétaillère. La radio égrenne quelques notes à la mode sans grand intérêt. Vous venez de prendre votre café avec votre copine. La saveur âpre de l'expresso mêlée aux vapeurs de votre dernière clope empreint encore vos papilles mal réveillées. Il est presque 10 heures et vous vous rendez au boulot.

 

Concentrée, vous mettez le clignotant, presque machinalement, et vous engagez dans la voie qui permet de tourner à gauche au feu. Vous êtes seul sur cette voie, visiblement tout le monde va tout droit et patiente devant le feu rouge.

 

Soudain, un bruit et une secousse simultanés: bouuuuuum! Vous lâchez un "et merde, quel con!". Vous venez de comprendre qu'un des automobilistes qui patientait s'est engagé dans votre voie, pire, dans l'aile de votre bétaillère à marmottes...Sans doute persuadé qu'il était seul au monde sur cette planète, il avait dû juger inutile de vérifier au préalable dans son rétroviseur l'existence d'autres automobilistes tels que lui!

 

Vous vous dites que, mince, vous allez encore perdre un quart d'heure à remplir un constat, que ça n'arrive qu'à vous, ces choses-là, que vous allez être en retard. Mais bon, votre naturel optimiste vous fait remarquer que vous n'êtes pas en tort, que ce n'est rien, juste un coup dans l'aile (pour une fois que c'est la bétaillère et pas vous!!). Vous mettez votre clignotant à droite et faites signe à la 205 bleu métallisé qui est juste à côté de vous qu'il serait judicieux de se garer sur le parking juste à côté afin de remplir les formalités plus à l'aise. Vous contenez votre colère et prenez juste l'air contrit afin de ne pas froisser la silhouette qui est au volant de la 205. Après tout, un moment d'inattention, une absence, ça peut arriver à tout le monde...

 

Vous vous engagez à droite, sur le point de vous garer lorsque...vous apercevez votre 205 bleue qui file tout droit!

Il aurait mal compris? Mais c'est qu'il fuit, le cochon! Là, votre sang ne fait qu'un tour. Toute la colère contenue depuis un instant afflue d'un coup d'un seul. Crève charogne! Vous vous imaginez le poignard entre les dents, le goût du sang dans la gorge, chevauchant inlassablement les plaines désolées à la poursuite du fuyard. Vous vous souvenez soudain de "Taxi" ou de courses poursuites de Starski et Huch...Vite! demi-tour! Vous aimeriez pulvériser les lambinards qui sont devant vous, indifférents à votre mission de justicier de la route. Que ne donneriez-vous pas pour remplacer votre bétaillère par une Batmobile plus adéquate à la situation?

 

Rien. Aucune 205 bleue à 500 mètres à la ronde. Vous avez beau parcourir la distance une fois encore, elle est partie. Loin. Très loin. C'est trop tard. C'est fini.   

 

Une fois stationné, vous constatez les dégâts: un beau choc entre les deux portières et une belle balâfre tout le long de l'aile. Mais c'est votre coeur qui saigne: vous croyiez en l'honnêteté, en fait vous étiez innocent. Vous pensiez que lorsqu'on a un accrochage, on s'arrête et on fait un constat? et bien non!

 

Vous vous empressez donc de communiquer le sinistre auprès de votre assurance...

- Vous avez relevé le numéro de la plaque d'immatriculation pour porter plainte?

Et bien non, vous n'avez pas relevé le numéro, persuadé que vous étiez que la voiture allait vous suivre. Non, vous ne saviez pas que conduire impliquait de connaître tout Agatha Christie et qu'en plus de respecter le code de la route il fallait en prime avoir les réflexes d'un Rouletabille mâtiné d'un Hercule Poireau.

 

- Vous aurez donc 100 euros de franchise et vous perdrez du bonus pour l'an prochain.

 

- Merci madame.

 

morale de l'histoire: il faut toujours se méfier des 205 !

24/11/2005

N'en déplaise à Patrick Bruel...

...n'en déplaise à Patrick Bruel, quand on se retrouve 10 ans après (pas forcément à Bordeaux, place des Grands Hommes), on n'a pas toujours quelque chose à se dire.

 

Téléportez-vous dix ans en arrière...J'étais à la fac, à la place des grands benets que j'ai en cours, sur les mêmes chaises qui grincent sur le carrelage! Les mecs avaient des pantalons serrés (pas les sacs à patates actuels où l'on ne voit plus les fesses) et les nuques longues, les filles ne portaient pas de talons aiguilles ni de jeans patte d'ef'. On était une bande de potes -tout aussi benets que ceux d'aujourd'hui- et on se fendait la gueule! ....

 

On passait des heures à faire des commentaires inlassables sur les profs: MO. qui ne fichait que des bananes en thème, ce sacré MAN qui avait des tics de langage (il les a toujours d'ailleurs), on faisait des petits bâtons pour compter le nombre de tics par heure de cours, sans oublier ce cher AL qui ne trouvait dans la littérature que des allusions au sexe et à l'alcool....

 

...et puis les parties interminables de tarot dans le foyer enfumé (aujourd'hui devenu une salle de classe),

 

les repas de classe (notamment celui ou j'avais vomi des carottes râpées par le nez dans la R4 de Lolote),

 

les sorties en boîte (aujourd'hui devenue le hangar d'une grosse entreprise),

 

les fous rires et délires en tous genres....

Ah, nostalgie, quand tu nous tiens!!

 

Or, à cette époque-là, nous étions un petit groupe (maintenant il paraît qu'on dit une tribu!) régulièrement chez les uns ou les autres. Il y avait S. qui bossait chez Quick, qui n'aimait pas qu'on fasse des plis à son tapis et qui, pour faire le plein de sa R5, mettait 20 balles d'essence (à peu près le plein d'une mob. Peugeot 103); il y avait Lolote, spécialiste des gaffes en tous genres et Wil...

 

Wil était un garçon très réservé (pas le style à montrer son cul lors d'un repas de classe par exemple), pince sans rire et adepte du jeu de mots à tout crin. Mais ce qui le caractérisait par-dessus tout c'était son sens bien particulier de l'ordre et de l'hygiène. Toujours sapé impeccable, nul n'aurait pu croire que sa baignoire était d'un gris plus que douteux, que, nous les filles, étions obligées de pisser debout dans ses chiottes, de peur que de gros cafards géants nous sautent à la gorge (ou ailleurs), que sa motte de beurre était régulièrement ornée de poils de cul et que nous frisions la mort par déshydratation durant les parties de tarot de peur d'attraper des herpès purulants au seul contact de ses verres collants.

 

Des anecdotes le concernant, il y en a en pagaille...comme lorsqu'il avait malencontreusement estropié un chaton qu'il avait en garde -il avait déclaré qu'il s'était échappé alors qu'il n'avait pas survécu après avoir été coincé par une porte-, comme....

 

...et puis le temps a passé, nous avons eu nos concours et sommes devenus de gentils serviteurs de l'Education Nationale. Lolote et Wil ont été mutés dans le Nord, ils ont laissé le confit de canard et les montagnes pour le moules-frites et le plat pays qui n'était pas le leur. S est devenue prof d'école à Paris et pour ma part je pouponnais mes premières marmottones en attendant que le Grand Mouvement de l'EN veuille bien me rendre à mon terrier.

Les "on s'appelle, on s'fait une bouffe" devenaient de plus en plus difficiles à 1000 kilomètres de distance...les "exilés" ne "descendaient" qu'aux vacances. Et puis, comme Yoko avec les Beatles, Wil s'est trouvé une greluche...qui n'a guère accroché avec le reste de la tribu. Trahison, ils abandonnait lâchement ses potes pour une pouf!...alors, silence radio!

 

Plus de nouvelles de Wil!...lorsqu'on se retrouvait avec S et Lolote, on emettait des hypothèses, on s'interrogeait sur le destin de ce comparse perdu: "peut-être qu'il est toujours avec "elle"? peut-être même qu'il s'est marié?" (l'annonce du mariage un beau jour à une seule de la bande a jeté comme un froid et a définitivement banni Wil au rang des perdus pour la patrie!) Une année, Lolote est revenue persuadée qu'il avait quitté le pays des ch'ti. "Mais pour aller où? Tu crois qu'il a assez de points pour redescendre?" (ça c'est du langage codé Educ Nat...pour les non initiés, c'est le nombre d'années de galère loin avant de pouvoir obtenir un poste près de ta famille).

Mystère. Où était-il? Chercher Wil? Boooa, les années ont passé et on n'y a plus pensé.

 

 Et puis, et puis...le marmotton en chef, depuis cette année, troque le costume de vilain capitaliste contre celui de prof (enfin, d'intervenant extérieur, comme on dit).  A la pause de midi, je l'appelle, pour savoir comment s'est passé son "intervention".

- "Tu ne devineras jamais avec qui je suis. Tiens je te le passe!"

- "Salut, c'est Wil. Je suis en poste ici depuis quelques années."

- ... (bouche bée de surprise)

...quoi de neuf? (manque d'inspiration après les premiers instants de surprise)

- Boooa, rien. Je suis marié, j'ai deux gosses.

- mmmm, super!

 

Et bien vous le croirez ou non. J'ai rien trouvé à lui dire, 10 ans après. Je ne lui ai même pas demandé s'il avait toujours des poils de cul dans ses plaquettes de beurre....